Crau&Co 2025

Un projet participatif multimédias

Cartographie Crau&Co

Repérages et photographies contributives

Un territoire pour des machines
Un territoire pour des gens
Un territoire pour la nature
Un territoire de récits

Si la question des frontières, des marges, des zones de frottement peut paraître un peu galvaudée, ou trop souvent traitée, elle n’en reste pas moins un élément central de notre manière d’aborder « l’être » moderne confronté aux espaces fluctuants, aux réalités changeantes, sans fondations stables, aux mondes virtuels, à la naturalité de plus en plus extériorisée, aux climats mouvants et aux frontières toujours provisoires.
Inscrire ce monde mobile et fluctuant dans une démarche artistique, peut se comprendre comme une tentative de retenir un peu de sa substance en « l’archivant » en quelque sorte, d’une manière non pas exhaustive ou scientifique, mais sensible, attachée à l’insignifiance qui porte le germe de la liberté d’assembler entre elles des choses disparates afin d’en faire un « habitus ». Et de cet habitus, tirer de l’archive, comme mémoire vivante à partager, de ce lieu, de cet instant, de cette géographie.

La plaine de la Crau autour de l’ancienne Dynamite, des plateformes logistiques et de la zone Natura 2000, est un endroit emblématique de cette séquence historique que nous vivons, de cette fluctuation de la réalité. Pénétrer dans ce territoire en marchant, fait sentir à un point extrême comment nous sommes sur un équilibre précaire, comment les formes elles-mêmes se dissolvent, les chemins se ferment, les clôtures grandissent. La marche étant devenue un moyen de déplacement marginalisé, presque obsolète, elle révèle ces points de fracture, en équilibre vacillant sur l’anthropocène.

Un champ d’olivier très ancien se tenant au bord d’un entrepôt logistique, semble comme aspiré par la transformation. Les camions stationnés à quelques mètres ont l’air prêts à prendre possession de l’espace en attente. Un petit bois enserré de grillages devient métaphore de la pression continue sur les formes de vie sauvages.
Notre groupe d’artistes, aussi différents entre eux que ces lieux eux-mêmes, jouant sur les frontières que constituent leurs démarches singulières, ayant chacun une histoire propre avec ces lieux tente de construire une allégorie de ces territoires.
Travaillant sur leurs identités, au sens de similitudes et creusant les différences, au sens de bords auxquels se frotter, ils créent une forme en miroir du territoire, fluctuante, multi forme, adaptative.

Il s’agit là d’une tentative de trouver la forme dans le territoire lui-même, de la laisser se développer au grès des marches, des rencontres, des agrégats possibles avec des gens, des matières, des récits. S’ancrer un peu, et partager cet ancrage.

Virginie ROCHETTI – Août 2025

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