Plastigo dispositif

Plastigo :
Spots et Installations
Work in progress été 2020 – 2021
Restitution

Plastigo project
work in progress collectif.
Programme de recherche artistique sur deux années développé par quatre artistes dont deux artistes invitées par l’association ‘par ce passage, infranchi’ en résidence dans le Tétrodon de Martigues : Souad MANI (Tunisie) et Patricia PLICH (Pologne). Ce projet résulte d’une convergence de réflexions et d’expérimentations partagées autour de la matière des sols ‘plastiglomerat’ qui nous entourent. Ce terme désigne une terre artificialisée par des matériaux tels que des plastiques, déchets plastiques, et d’autres intrants de type chimique et issus des pétroles. Un troisième artiste Philippe AUTRIC à réalisé une vidéo dans ce cadre.
Je montre ici à la fois ma contribution personnelle du projet Plastigo ainsi que la perspective et la mise en situation collective de celui-ci.

Comme les Modernes sont prodigues en matières inédites et en nouveaux sols ! La moindre promenade de plage nous fera dénicher des roches inattendues : un polystyrène d’ébène, une canette Saint-Jacques rouillée, des galets pneumatiques, un cristal de pétrole brut pétrifié, des tessons de terre cuite, des ciments méridionaux… Et parmi ces rebuts détritiques de l’activité humaine figurent en bonne place ces concrétions hybrides que l’on appelle « plastiglomérats ». Technofossiles, alliages et matériaux polymères se disputent la préséance pour devenir les nouvelles pierres de rosette des stratigraphes qui cherchent à établir dans les couches sédimentaires cette nouvelle époque géologique « humaine, trop humaine » que l’on nomme Anthropocène, bien que nombre d’appellations alternatives se disputent ce sacre : Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène, Écocène, Plasticocène… On a d’ores et déjà produit assez de plastique pour envelopper quatre fois la Terre de film d’emballage – l’émergence de cette Plastic Blue Marble a inspiré de nombreux artistes à l’interface de l’écologie et de la technologie. L’originalité du projet « Plastigo » est d’interroger cette matérialité de l’époque au travers des technologies de capteurs : quelle science de la mesure pour des phénomènes écologiques qui configurent plastiquement l’air, le sol et l’eau ? Avec le Golfe de Fos et l’étang de Berre pour « zone critique » d’élection, P. Plich, S. Mani, P. Autric et C. Galatry se positionnent en artistes-enquêteurs entreprenant de révéler des plasticités paradoxalement invisibles, fantômes et monstres de l’Anthropocène auxquels nous familiariser, parfois malgré nous, pour continuer de vivre dans des milieux altérés. Ce faisant, ces artistes se rattachent au courant du « Sensory Art » qui explore savamment et poétiquement l’environnement au moyen de nouveaux épidermes : Rasa Smite & Raitis Smits (Fluctuations of Microworlds, 2017), Aline Veillat (Pas de deux en vert et contre, 2009-2012), Theunis Karelse (Assisted migration, 2013), Pinar Yoldas (An Ecosystem of Excess, 2014), Ivan Henriques (Symbiotic Machine, 2014), etc. Par le dispositif qu’il propose, les activités de transcodage et de marquage qu’il met en scène, le projet « Plastigo » réinvente le territoire tel que le définissent Deleuze et Guattari, à savoir comme relevant de l’acte : « le territoire est en fait un acte, qui affecte les milieux et les rythmes, qui les “territorialise”. Le territoire est le produit d’une territorialisation des milieux et des rythmes.
Matthieu DUPERREX

1 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux. Capitalisme et Schizophrénie 2, Éditions de Minuit, coll. 
« Critique », Paris: 1980, p. 386.
*Docteur en arts plastiques, Matthieu Duperrex est chercheur associé au LLA-Créatis (EA 4152), Université de Toulouse-Jean Jaurès. Artiste-auteur, co-fondateur et directeur artistique du collectif « Urbain, trop urbain » (www.urbain-trop-urbain.fr), ses travaux procèdent d’enquêtes de terrain sur des milieux anthropisés et croisent littérature, sciences humaines et arts visuels ou numériques. Publications : Shanghai Nø City Guide (Toulouse, Urbain, trop urbain, 2012), Micromegapolis, lorsqu’une ville rencontre Gaïa (Toulouse, Urbain, trop urbain, 2013), Périphérique intérieur (Marseille, Wildproject, 2014), Voyages en sol incertain, enquête dans les deltas du Rhône et du Mississippi (Marseille, Wildproject, 2019).

Plastigo project…..